Par Jean Solaire Kuete

De la guerre au tourisme mémoriel

Il y’a longtemps que les pays africains victimes de guerres auraient dû songer à développer le tourisme de mémoire. L’histoire de la quasi-totalité de ces pays, marquée par les résistances précoloniales, les guerres  d’indépendance, les conflits  post coloniaux, les guerres tribales et aujourd’hui la lutte contre le terrorisme, offre un riche répertoire de sites historiques et de vestiges auxquels de nombreuses générations pourraient s’identifier et qui  deviendraient de célèbres lieux de pèlerinage pour les familles, les compatriotes de victimes, de soldats. Tenons pour exemple les nombreuses places reconnues dans l’ouest et le centre du Cameroun, comme ayant été théâtres des affrontements mémorables entre indépendantistes camerounais et les forces loyalistes dans les années 60. Ces carrefours, collines, chutes ou cours d’eau recensés et viabilisés sont des potentiels sites de tourisme mémoriel. Il suffit d’en faire volontairement un produit touristique et de cibler une clientèle nationale d’abord et internationale ensuite. Au  plan national les jeunes étudiants et intellectuels avides de repères historiques seraient les premiers intéressés par les excursions en directions de ces destinations hautement symboliques et édifiantes. Au plan international, les clients de ce type de tourisme se recruteraient parmi les chercheurs, les politiques, religieux et membres de la diaspora africaine. C’est ainsi que de nombreux allemands visitent constamment le cimetière des allemands de Buea qui comporte 13 tombeaux de soldats allemands morts au Cameroun du fait des maladies tropicales pendant la deuxième guerre mondiale. Si ce site ici en image faisait l’objet d’une promotion sérieuse vers l’Allemagne et l’Europe ou même auprès des établissements scolaires et universitaires ou l’histoire de la colonisation allemande est enseignée, le nombre de touristes intérieurs et extérieurs dans la ville de Buea atteindrait les centaines de milliers par ans. Les pays africains devraient comprendre  que les combats d’hier à Abidjan, accra, kolofata, demeurent aujourd’hui un patrimoine d’une richesse incommensurable. Les champs de bataille, vestiges d’ouvrages de défense, monuments commémoratifs, cimetières militaires et musées sont autant de sites dont la visite permet à la fois d’honorer la mémoire de celles et ceux qui sont tombés lors de ces conflits et de comprendre les événements qui forgent l’histoire nationale et internationale. La France a accru ses arrivées touristiques en faisant de son patrimoine mémoriel un produit touristique. C’est d’ailleurs dans cet objectif que fut créé au ministère français de la défense, la direction de la mémoire, du patrimoine et des archives (DMPA) qui est le relais de cette double vocation d’acteur et d’animateur de la politique du tourisme de mémoire. Les pays comme le Cameroun qui sont aujourd’hui en pleine guerre doivent aussi songer à développer le tourisme de mémoire qui connait actuellement un essor remarquable à travers le monde.

 

Le tourisme de mémoire. Il faut voir dans le tourisme de mémoire  plusieurs ambitions portées par de nombreux acteurs : une ambition pédagogique, consistant à faire connaître au plus grand nombre une histoire commune et à transmettre aux populations la mémoire des conflits qu’elles ont subi .une ambition culturelle et patrimoniale, consistant à garantir la valorisation des lieux de mémoire et du patrimoine civil et militaire dont dispose ces pays. Enfin, une ambition économique, visant à inscrire ce patrimoine dans une dimension touristique susceptible de créer de la richesse locale en jouant sur l’attractivité  des lieux de mémoire. Avec le tourisme mémoriel, la guerre n’est plus une fatalité pour l’industrie du tourisme. Autrement dit les touristes perdus à cause des coups de canons sont retrouvés grâce aux vestiges de guerres mis à la disposition de tous.

 

Par Jean Solaire Kuete

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